"Les indépendants montent le son" sur France 2 : ORTF, nous revoilà !
Par L'anti-effet Barnum le lundi 3 novembre 2008, 09:50 - Médias - Lien permanent
Les passionnés de musique pouvaient s'étonner de voir une émission programmée hier soir par France 2 autour des artistes indépendants. Ce fut en fait un exercice répugnant de propagande gouvernementale, avec Guillaume Durand comme maître de cérémonie au service de Christine Albanel.
D'abord, l'émission était organisée "en partenariat avec le Ministère de la Culture", dixit la présentation éditée par France 2 pour tous les sites web et programmes télé. Partenariat ? Elle était quasiment co-présentée par Christine Albanel et Guillaume Durand. Le but était de montrer que le gouvernement soutient les artistes en ces temps de crise. Cela serait à peu près légitime (et encore, il faut bien tirer sur la corde de l'indulgence) si cela était vraiment le cas, mais malheureusement il se trouve que depuis l'avènement de Sarko 1er, la politique culturelle vise à couper les budgets pour les petites structures (les DRAC n'ont plus de crédits) et à soutenir quelques grands projets que l'on peut mettre en avant pour se donner une apparence de dynamisme. Tous ceux qui bossent dans la culture le savent : la culture UMP tue la culture française. Alors, dépenser des millions pour une émission qui prétend que l'on défend les indépendants, alors que cette somme aurait pu servir à vraiment les défendre, cela a un peu de mal à passer.
Jetons un oeil sur cette présentation de France 2 :
Le dimanche 2 novembre à partir de 23h05, France 2 proposera à ses téléspectateurs en partenariat avecle Ministère de la Culture, "Les indépendants montent le son" une grande soirée événementielle afin de mettre en valeur l'action des professionnels indépendants de la musique, et ainsi rendre hommage à leur diversité et leur inventivité.
Installé dans les jardins du Palais Royal et au sein même du ministère de la Culture et de la Communication, Guillaume Durand présentera ce programme qui mélera happenings mais aussi des interviews d’artistes et de professionnels indépendant du cinéma, du livre, de la musique avec la présence entre autre de Stéphane Blakowski, Jérôme Bonaldi, Philippe Manoeuvre, Patrick Eudeline, Mustapha Laurent Baffie, Jean Luc Lemoine mais aussi des live mais notamment Keziah Jones, Ayo, Amadou et Mariam, Bloc Party, Bensé, Grégoire, Camille, Christophe, AaRON, Julien Clerc, Renan Luce, Vincent Delerm, Travis, Jean-François Zygel et Mattrach.
La sélection des artistes est sujette à caution : plus de la moitié des artistes, en guise d'indépendants, étaient en fait signés par des majors. Pour le reste, oui, Keziah Jones est techniquement un indépendant, tout comme Carla Bruni, mais visiblement indépendant rimait beaucoup avec establishment. Leur timing était savamment étudié : un peu pour les "vrais" indépendants, beaucoup pour Carla Bruni. À bien y réfléchir, j'ai comme l'impression que la dénomination "indépendant" vise à encourager une privatisation de la culture. C'est la même rhétorique qui associe le summum de la liberté à l'absence de l'État dans l'économie. Rhétorique stupide et illusoire, mais au moins avec Albanel, on ne peut pas dire que le soutien du ministère soit un gage de liberté.
D'ailleurs, en parlant d'establishment, le cadre de l'émission était décalé. Les jardins du Palais Royal et les ors du 3 rue de Valois (les très modestes locaux du ministère) faisaient un contraste saisissant avec le but affiché de promouvoir les indépendants. Belle mise en scène de la culture pour les riches, au moment où les artistes crèvent la dalle, au moment où la crise financière touche les plus pauvres.
Je ne peux pas passer sous silence l'attitude de Guillaume Durand. "Servir la soupe" est la première expression qui me vient à l'esprit pour qualifier son rôle. Les quelques instants culturels étaient entrecoupés d'intermèdes sympathiques, entre Durand et Albanel. Pas une question déplacée, pas une remarque, mais au contraire un show bien huilé où le servile Durand permet à la ministre de vendre ses "réformes", en particulier l'ignoble loi "Création et Internet", qualifiée de "très pédagogique". Guillaume Durand trouvait les exemples pour illlustrer les mesures et pour lustrer une politique culturelle aux effets désastreux... sauf pour le petit milieu du show-business. Cette émission était le comble de la propagande. Récemment encore, les oligarques de l'UMP se prononçaient massivement contre une proposition d'émission gouvernementale (proposée par l'un d'entre eux) censée expliquer les "réformes". Visiblement, ils se sont ravisés. J'en ai encore le goût du vomi dans la bouche.
C'était le coup de gueule du lundi matin.
Commentaires
une initaitive qui paraissait bien, et qui finit dans les chous en effet ....