Le titre de l'émission est "Révolte et désobéissance civile". Le contexte : d'un côté, la Grèce poursuit dans son insurrection généralisée, qui était partie de la jeunesse urbaine mais qui s'étend maintenant à la Grèce rurale et aux "non-jeunes" ; de l'autre, le climat social en France, qui se dégrade, sous l'impulsion des lycéens combatifs, à cause des fameuses réformes, qu'elles viennent de Xavier Darcos ou des plans de relance sarkozystes privilégiant les grandes entreprises et les banques aux citoyens. La situation est critique, le mécontentement est partout.

Dès les premières minutes, Dominique Reynié, le politologue adulé des médias, nous livre son interprétation du recours à la désobéissance civile exercé par plusieurs centaines d'enseignants partout en France (ils occupent leurs écoles, collèges et lycées). Selon lui, les enseignants ne savent pas de quoi ils parlent en évoquant la désobéissance civile, dont le concept a été inventé lors de la guerre du Vietnam. Il s'agissait alors des soldats qui refusaient d'aller se battre pour une cause qu'ils estimaient injustifiée. Donc, cela n'a rien à voir avec la situation actuelle, et il est irresponsable d'utiliser ce terme.

Tiens. Étrange. Dans mon esprit, la désobéissance civile rime avec Henry Thoreau, avec Gandhi, et même avec Saint-Thomas d'Acquin (summa theologica). Autrement dit, cela remonte beaucoup plus loin que la guerre du Vietnam, et les sources sont autrement plus vertueuses. Un petit coup d'oeil à l'encyclopédie collaborative Wikipedia... et nous voilà fixés. Dominique Reynié réécrit l'Histoire. Il nous prend pour des cruches.

D'ailleurs, il en a conscience. Malheureusement pour lui, Noël Mamère, interviewé quelques minutes plus tard, cite Thoreau. Reynié essaie de se reprendre, dit qu'il connaît, écorche le nom, mais revient toujours sur la même intention : dissuader tous ceux qui voudraient s'inspirer de ce principe de désobéissance civile. Cela reste quand même un usage abusif, utilisé à des fins de communication. Selon lui, tant que l'on reste passif, c'est convenable, mais dès que l'on sort du cadre de la loi, on va vers la violence. Dominique Reynié a visiblement ce concept dans le collimateur.

Mais dans quel but ? En fait, tout son propos vise à empêcher que les citoyens ne s'expriment en-dehors des voies identifiées et contrôlées (les médias, les syndicats, les partis politiques). Il semble que sa hantise est que le mouvement soit spontané, vienne de la base, comme c'est le cas en Grèce. Pour en finir avec ce petit incident bien révélateur de l'air du temps, rappelons ce que dit l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, à propos des "droits naturels et imprescriptibles de l'Homme" : "Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression." Oui, il y a actuellement une oppression du peuple venant du gouvernement français. Et la résistance à cette oppression est nécessaire. Sans cela, pas de gouvernement par le peuple. Pas de démocratie.

Quelques instants après, Christophe Barbier nous décrit Nicolas Sarkozy comme n'étant "pas un vrai libéral". Bel exercice de négation de l'évidence. En une émission de presque une heure, au moins deux tentatives évidentes de manipulation. Voilà comment l'élite politico-médiatique ment, jour après jour, aux Français.