Les 112 millions dont on n'avait pas spécialement besoin
Par L'anti-effet Barnum le lundi 4 janvier 2010, 23:25 - La criiiiiiise ! - Lien permanent
La gestion financière de la grippe porcine a souvent été qualifiée de gabegie. Les moyens mis en œuvre ont été sans aucun rapport avec la gravité de l'épidémie. Mais alors que les finances du pays sont dans le rouge, rendant impossible toute dépense sociale, on trouve encore une bonne centaine de millions pour les laboratoires pharmaceutiques...
Faisons un petit bilan de l'épidémie la plus mortelle du millénaire. Fin décembre, on en était à 198 morts en France, dont 35 n'ayant aucune pathologie préalable. Et c'est bizarre, mais j'ai beau chercher, je ne trouve pas de chiffres précis, officiels et récents pour la mortalité de la grippe saisonnière. Pour prendre une fourchette large, ce serait entre 2 000 et 10 000 morts. Conclusion ? La grippe porcine, source de mille messages anxiogènes depuis des mois, est une épidémie de moindre importance.
Côté financier, un rapport du Sénat estime les dépenses de l'État et de la Sécu entre 1,8 et 2,2 milliards d'euros. On peut bien parler de gabegie. Il fallait être bien naïf pour croire que TOUTE la population allait accepter de se faire vacciner, et donc acheter deux doses pour tout le monde, soit 94 millions de doses. Selon le gouvernement, la facture pour ces vaccins s'élève à 869 millions d'euros. 5 millions de doses ont été utilisées, ce qui entre autres montre que la vaccination n'a pas eu grand effet sur la propagation du virus (vaccination tardive de moins de 10% de la population, et malgré cela l'épidémie semble stoppée).
Voyant que l'épidémie se calme et que les esprits s'échauffent, la ministre Bachelot (dont les 12 ans du passé de salariée de laboratoires pharmaceutiques ont bizarrement été occultés de sa biographie officielle) effectue aujourd'hui, lundi 4 janvier, une manœuvre de rétropédalage et de volte-face afin de limiter les dégâts, et surtout de ne pas s'attirer d'ennuis. 50 millions de vaccins commandés ne seront pas livrés, ni payés. Cela devrait permettre une économie de 350 millions d'euros.
Cours de maths : la règle de trois
Face à cette annonce sur le plateau du 20 heures de TF1, évidemment, Laurence Ferrari dit "merci madame le ministre" et ne pose pas de question. Mais si Laurence Ferrari n'a pas appris à compter, moi si. La France a commandé 94 millions de doses pour 869 millions, ce qui fait 9,24 roros la dose (je passe sur l'absence d'appel d'offres et la clandestinité générale autour de l'opération). Bien.
Normalement, en faisant une bête règle de trois, 50 millions de doses à 9,24 l'unité, ça nous fait un total de 462,2 millions d'euros d'économie. Mais non. Total annoncé : 350 millions. Soit 7 € la dose. Manque à gagner : 462,2 - 350 = 112,2 millions d'euros qui vont partir dans les poches des labos.
Alors, évidemment, l'explication ne fait pas un pli : ce montant respecte très certainement des dispositions présentes dans les contrats que l'État a signé avec les labos. Mais fallait-il accepter de telles dispositions, en sachant pertinemment que 2 injections ne seraient pas nécessaires, et que beaucoup refuseraient de se faire vacciner ? Le résultat est tout de même un cadeau énorme à l'industrie pharmaceutique. Et ce n'est pas comme si on n'avait pas besoin de ces 112,2 millions d'euros...
Mais finalement, on dit quand même merci à madame la ministre. Parce que quand il s'agira de vouloir réduire la protection de santé, on pourra lui répliquer que s'il y a des centaines de millions pour l'industrie pharmaceutique, il ne devrait pas être trop difficile de faire de même pour la protection de l'ensemble de la population.