Dimanche soir, au milieu des habituelles invectives, des sempiternelles analyses sondagières et des rituels satisfecit nombrilistes, m'est venue une petite grille d'analyse des résultats. Elle consiste à comparer les résultats de chacun (et l'abstention) avec la couverture médiatique qu'ils ont reçue. Et ô surprise, la correspondance est presque parfaite. On tente le coup ?

  • Abstention. Moins les médias parlent de la campagne, moins les électeurs se rendent aux urnes. Souvenez-vous du référendum sur la constitution européenne de 2005 : une énorme couverture, des débats nourris, sur toutes les chaînes, et donc seulement 30% d'abstention. Présidentielles de 2007, ultra-couvertes, sur une durée record : 16% d'abstention aux deux tours. Européennes 2009 : une parodie de campagne, où tout a été fait par les médias dominants pour ne pas parler du sujet, donc une abstention de 59%. Régionales 2010 : un tout petit peu plus de campagne que pour les régionales, mais tout de même très peu, ce qui donne 53,6% d'abstention. Cohérence parfaite.

  • Europe Écologie : alors que l'on n'avait vu qu'eux dans les médias pour les européennes (l'attrait de la nouveauté ?), ce qui avait abouti à un score de 16%, leur présence a été moindre. Et syndrome post-Copenhague, l'écologie a été très peu évoquée. 12%.

  • Modem : aucun parti n'a été aussi absent de la campagne. Présence médiatique : zéro absolu. La baffe : 4%. Autre facteur rentrant en ligne de compte : le président du Modem qui annonce ne penser qu'à 2012, on peut trouver meilleur signe de respect des électeurs pour ces régionales.

  • Extrême-gauche (enfin, si l'on peut encore parler d'extrême pour ceux qui auraient pu et dû voir dans les circonstances historiques l'occasion rêvée de mettre en avant un projet alternatif au capitalisme, mais en ont-ils encore envie ?) : qui a-t-on vu sur les plateaux télé ? Mélenchon et Buffet. Lutte ouvrière et NPA : inaudibles, sans aucune présence, et incapables de valoriser leur peu de temps de parole. Résultat : front de gauche 5,8%, NPA 2,4%, LO 1%. Limpide.

  • Extrême-droite : alors que les électeurs votant habituellement FN s'étaient laissé berner par la récupération sarkozyenne en 2007 (là encore bien aidé par les médias ne donnant qu'une tribune très limitée au FN), le stratagème s'est retourné contre le parti présidentiel. Et on peut dire un grand merci aux médias dominants, qui ont fait tourner tous leurs journaux autour du débat raciste sur l'identité nationale et sur l'insécurité (un retour spectaculaire des crimes et faits divers en tous genres, alors qu'ils avaient totalement disparu des écrans et premières pages avant fin janvier 2010). Du velours pour le FN, donc un 11,4% qui n'a rien de bien étonnant. Dans certaines régions, le parti fasciste rate de peu la seconde place. Et lesquelles ? On retrouve étonnamment celles où officient les Le Pen père et fille. Personnages cette fois très suivis par la presse.

Restent les duettistes UMP et PS. Là s'arrête la logique de l'analyse par l'exposition médiatique. Je lui substituerai une analyse bien plus pragmatique, en trois temps : 1) une campagne calamiteuse de l'UMP (affaire Ali Soumaré, identité nationale, lipdub des jeunes UMP, dissensions marquées), 2) un bilan honnête, sans grosse faute des exécutifs sortants dans les régions PS (élection locale = prime au sortant, peu importe sa couleur politique), et 3) un rejet massif du pouvoir UMP, incarné par un Sarkozy qui a complètement perdu les pédales depuis déjà de nombreux mois. Un petit coup de vases communicants, et zou, voilà l'UMP plus bas que terre, malgré une visibilité médiatique au-dessus de la moyenne, et le PS regonflé, qui s'est contenté de ne pas trop faire de vagues (l'affaire Frêche n'a été qu'un épisode isolé) et de tout miser sur des enjeux nationaux. Bilan en trompe-l'œil pour le PS, qui aurait tort de se croire en meilleure position qu'il n'est.


Cette analyse factuelle a le mérite de rendre inopérantes toutes les impostures basées sur le "vous avez vu, nous avons eu raison de mener notre campagne ainsi". Le mécanisme s'arrête avant cette considération. C'est avant tout l'exposition médiatique qui me semble faire le résultat, qui est validé en cas d'absence de grosse bêtise. Et cela me désole profondément sur l'état de la démocratie française. Attention en 2012, il faut s'attendre à ce que le système politico-médiatique dominant tente de nous administrer un suppositoire d'une taille respectable. Vous voilà prévenus.