Le remaniement qui n'en était pas un
Par L'anti-effet Barnum le lundi 22 novembre 2010, 00:22 - Sarko - Lien permanent
Ainsi depuis le 14 novembre 2010 le nouveau Premier Ministre de la France, ô surprise, est François Fillon. Et ô surprise, les changements dans le gouvernement ne sont que très minoritaires. Alors pourquoi une telle comédie ? Une semaine après le remaniement, il est temps d'y revenir à tête reposée.
Ce n'est pas comme si ce remaniement était le premier de la présidence Sarkozy
(c'est
le septième), ou que le précédent remontait à trop loin et que l'excitation
des commentateurs face à une séquence politique inédite serait à son comble.
Non, ce remaniement est banal, terne, sans aucune envergure ou projet politique
à part le libéralisme mou, c'est un gouvernement qui se recroqueville sur
lui-même, l'immobilisme qui touche de plein fouet le roi de la
politique-blitzkrieg.
Le Premier Ministre reste, les principaux ministres restent, tous les pions
permettant d'occuper en façade tout le spectre politique sont remerciés. Au
mieux, c'est un non-remaniement, au pire une marque de mépris pour des Français
pour qui ce doit être le cadet des soucis. Pourtant toute une mise en scène a
été savamment entretenue depuis une petite semaine, avec un pseudo-suspense et
une dramatisation du cérémonial peu habituelle. Mise en scène excessive qui a
été relayée à l'excès par tous les médias dominants. Une telle perte de
lucidité collective ne fait pas sens. Elle est totalement à contretemps avec la
séquence précédente, celle du conflit des retraites et de quelques menues
difficultés pour le Président et le gouvernement. Et si c'était le but ?
LA diversion des diversions
J'émets donc l'hypothèse d'une double utilité pour ce remaniement. La première,
évidente, est de préparer l'échéance qui est l'obsession du roi de la
talonnette, et pas seulement quand il se rase : la présidentielle de 2012. Les
deux temps de la présidence, avec le plus gros des "réformes" libérales, puis
une séquence pour se faire réélire, ne sont un mystère pour personne. La
seconde est aussi un grand classique : le remaniement ne sert pas que pour le
long terme, mais aussi pour solutionner un problème politique de très court
terme. On l'a vu après les municipales 2008 ou les régionales 2010, après les
affaires Joyandet et Blanc, où dès que la majorité est dans une séquence
défavorable. Ici, la raison est simple : il s'agit de donner le coup de grâce
au mouvement de protestation contre la réforme des retraites. Qu'il intervienne
5 jours seulement après la promulgation du texte est tout sauf un
hasard.
La Sarkozie a eu chaud aux fesses : plusieurs semaines durant, elle a perdu le
contrôle du pays, et il s'en est fallu de quelques jours (avant les vacances de
la Toussaint) pour que le conflit se transforme en grève générale. Sa durée et
sa vigueur ont surpris, et tout a été fait pour promulguer la loi au plus vite.
C'est là qu'un remaniement est doublement utile : d'une, il donne l'impression
d'une séquence totalement nouvelle, et que ce qui a été fait avant est du passé
(ce qui revient un peu à se dire "perché" quand on joue au chat du même nom) ;
mais surtout, de deux, il offre une diversion monumentale : on ne parle plus
que de cela, le reste, donc le conflit social, passe à la trappe.
Pour que la diversion fonctionne, la complicité des médias de masse était
indispensable. Et de manière absolument inexplicable, pendant une semaine avant
le 14 octobre, et durant toute la semaine qui a suivi, le fameux remaniement
dont tout le monde se foutait tellement il était certain qu'il n'allait pas
bouleverser la politique menée depuis 2007 est devenu le sujet numéro 1. Cela
allait jusqu'à l'absurde, nombre de commentateurs admettant que le sujet était
sur-traité et qu'on se tamponnait un peu le coquillard du nom du futur Premier
Ministre, surtout depuis qu'il apparaissait évident que le petit nerveux plein
de tics (si, si, celui dont les initiales sont N.S.) n'avait d'autre choix que
de conserver le coincé au charisme d'huître d'aquarium (initiales F.F.). Reste
que le sujet continuait de faire la une de tous les médias dominants.
Rassurez-vous, je ne suis pas en train de remettre au goût du jour la bonne
vieille théorie du complot et du tous pourris. Non, ce sont toujours les mêmes
mécanismes de connivence avec la presse : pas de complot, juste des intérêts
communs. Pour la presse, remaniement = feuilleton émotionnel et suspense =
audiences. Donc on en fait des caisses avec le bon plan à audience, surtout
après une séquence grèves et manifs qui avait tendance à traîner en longueur et
à ne plus permettre de traitement sensationnaliste. Si les audiences impliquent
de créer un engouement artificiel et de favoriser le gouvernement, eh bien tant
pis (ou tant mieux, mais ce n'est pas l'essentiel), au moins les chiffres
seront bons. La diversion fut bien orchestrée, avec en point d'orgue le
week-end des 13 et 14 novembre, où le suspense était à son comble. Les chaînes
d'info en continu commentaient en long, en large et en travers la moindre
ouverture de porte des palais de la république. Ce n'est pas une image ou une
exagération, des envoyés spéciaux faisaient réellement le pied de grue et
intervenaient pour dire que non, il ne s'était rien passé mais que la dernière
rumeur était que... Le souvenir de motos suivant la voiture que l'on suspectait
être celle de l'ex-mais-futur Premier Ministre entre Matignon et l'Elysée reste
gravé dans ma mémoire. Quant à l'utilité ou l'intérêt de suivre cette voiture à
ce moment et de montrer les images en boucle, ça je ne l'ai pas encore compris.
Oui, ce fut LA diversion des diversions. Et elle a réussi, puisque le conflit
des retraites est terminé.
Fillon président
Tentons maintenant de tirer deux ou trois menus enseignements de cet épisode.
Un consensus des plus amusants semble s'être dégagé autour de François Fillon.
Il a été loué, même et surtout pour tout ce qu'il n'est pas : populaire (il
faudra m'expliquer comment on peut être populaire à 40% dans les sondages, avec
toutes les largesses qu'autorisent ces derniers), modéré et anti-bling-bling
(comprendre terne, sans saveur ni charisme, et pour le non-bling-bling
rappelons que le monsieur fait tout de même de la course automobile en amateur
et en Ferrari), et même hyper-Premier Ministre (un comble pour celui qui a sans
doute eu le moins d'influence de toute la 5ème République).
Mais les louanges restent, et par miracle Fillon devient un homme fort. Belle
campagne de communication. J'y vois le signe de la faiblesse de Sarkozy, et la
nécessité pour l'UMP de se préserver un second candidat possible si l'hypothèse
Sarko 2012 paraissait vraiment impossible à tenter à l'automne 2011. C'est dire
la mouise dans laquelle est ce parti, la capacité de Fillon à soulever les
foules n'étant plus à démontrer -on sait qu'elle est inexistante. Mais si
Fillon devait devenir un rival de Sarkozy et qu'une guéguerre interne devait
les ronger, je serais le premier fan de Fillon. Fillon président !
Et maintenant, jouons ensemble au jeu des 7 erreurs. Les 7 boulettes de Sarko
pour ce remaniement.
Le jeu des 7 erreurs
Copé à l'UMP : apparemment une concession de
Sarkozy, qui aurait préféré Copé au gouvernement pour pouvoir mieux le
contrôler. Ce n'est un mystère pour personne, Copé aspire à être le candidat
UMP à la présidentielle 2017. L'UMP est sa rampe de lancement, et il ne peut
pas ne pas être tenté par une prise de contrôle progressive de ce parti qui
jusqu'ici ne tournait qu'autour de Sarko. Plus Copé sera fort, plus Sarko sera
faible. Le président vient de se tirer une jolie balle dans le pied.
Besson au numérique : c'est un retour, puisqu'Eric
Besson avait inauguré ce secrétariat d'État (maintenant ministre auprès du
ministre) en mars 2008. Il n'y avait pas brillé, son seul fait d'armes ayant
été un plan France Numérique 2012, coup de pub sans suite. C'est un symbole
révélateur de la place accordée à Internet par l'UMP : une toute petite place,
et encore uniquement vue sous le prisme de l'économie. Ils n'ont donc toujours
pas pris conscience des changements fondamentaux apportés par Internet dans
l'organisation de la société et dans la nouvelle voix accordée aux citoyens.
Tant mieux pour la gauche si elle a l'intelligence de se saisir du sujet (ce
qui n'a pas l'air de se produire) et tant pis pour l'UMP, tant Besson est doué
pour se faire détester de tous - tous ceux pour qui Internet est essentiel vont
se sentir de plus en plus loin de l'UMP, et ce n'est pas un enjeu électoral
mineur.
Un oubli sans doute : où est passé le ministre de la relance
? Il ne me semble l'avoir lu, vu ou entendu nulle part, pourtant
l'un des grands bouleversements de ce remaniement est la suppression pure et
simple du ministre de la relance. De trois choses l'une : soit la relance n'est
plus d'actualité, l'économie française étant définitivement relancée (allô la
Lune ?), soit le programme de relance est arrêté et c'est un aveu d'échec qui
aura coûté quelques petites dizaines de milliards d'euros, soit le ministre
Devedjian a été tellement mauvais qu'il a torpillé la fonction qu'il portait.
D'ailleurs on a rarement connu ministre UMP moins visible que Devedjian. Je
parie pour un peu des trois.
Des déçus (mais Borloo candidat, beau coup de
bluff) : l'une des grandes prouesses du sarkozysme était de
réussir à toujours contenter ceux qu'il a réussi à intégrer dans sa majorité
pseudo-plurielle, par un jeu subtil de postes accordés et de copains placés,
finalement pas très loin d'une corruption généralisée. Et là patatras, la
majorité UMP perd de son unité : les centristes sont furieux, les soi-disant de
gauche amers, et il y a toujours les Villepinistes qui sont encore un peu à
l'UMP un peu déjà en-dehors. Cela commence à faire pas mal de déçus et de
futurs adversaires, ce qui n'est jamais bon dans la perspective électoraliste
qui est celle de notre Président bien-aimé. Quant à la soi-disant future
candidature en 2012 de Borloo, je suis prêt à parier qu'il n'en fera rien. Par
contre, cela prend de l'espace sur les Morin et autres Bayrou qui pourraient
prendre des voix à l'UMP en 2012.
Woerth dehors : après avoir tant défendu son ministre, un honnête homme, si désintéressé, menant la réforme des retraites avec une grande compétence, sitôt la réforme adoptée, le bon soldat est viré, alors qu'il souhaitait rester. Un peu inhumain comme méthode. Le boulet, dehors ! J'ose espérer que cela ne fera pas oublier l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy et toutes ses ramifications, elle ne s'arrête pas avec l'éviction de Woerth. Comme signe qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume, on ne fait pas mieux. Par contre, Roselyne Bachelot reste, malgré sa gestion pour le moins médiocre et dispendieuse de la grippe porcine. Allez comprendre.
Juppé le retour : finalement il faut croire que la
prime à la crasse est toujours d'actualité en politique. Alain Juppé, condamné
dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, revient au
gouvernement. Le nombre de politiques déjà condamnés à être encore en poste est
assez hallucinant en France. En tout cas, il me semble que la nomination de
Juppé est une erreur politique, car c'est porter le flanc à des critiques
faciles mais terriblement justifiées sur le manque de probité de la
Sarkozie.
Les mêmes partout : et finalement, la première de
toutes les erreurs a été de garder la grande majorité des membres importants du
gouvernement. Quand la poussière soulevée par le battage médiatique sera
retombée on s'apercevra que rien n'a changé. Pas plus le président qui
miraculeusement redécouvrirait la solennité et la distance qu'impose la
fonction de Président dans la 5ème République que la ligne politique qui
restera basée sur la casse du service public et l'accaparement de toujours plus
de richesses par les classes supérieures. Le rejet de cette politique et de
cette façon d'exercer le pouvoir ne vont pas s'éteindre de si tôt.
Pour finir, ayons une pensée émue pour l'autre protagoniste de ce blog,
Ségolène Royal, dont la première initiative suite au remaniement a été de...
"tendre la main aux centristes". Merci à elle de justifier l'existence de
ce blog, en prenant Sarko comme modèle pour sa tactique de soi-disant
ouverture, à la différence près que c'était aussi pour elle une nouvelle
occasion de faire infléchir la ligne du PS vers la droite. Vivement le retour
de la politique. La vraie, celle des idées et des programmes. On en était bien
loin.
Commentaires
Si c'est pour dire ça conard tu ferais mieux de ne rien écrire. Ramassis de coneries de communiste atardé, aucun interét. Le monde a changé il faudrait ern prendre consience et arréter de réver aux choses qui était possible il y a 50 ans. Conard de dégénéré.
Drôle. Très drôle, même.
Sur le fond : je ne sais pas où vous êtes allé pêcher que je suis un "communiste attardé" (ou plutôt "atardé"), c'est on ne peut plus faux. Pourquoi vouloir faire revivre des projets politiques qui ont failli, ou qui ont connu des dérives dramatiques ? C'est bien d'une nouvelle alternative au capitalisme dont nous avons besoin. Un système qui prenne en compte le fait que les ressources de la Terre ne sont pas infinies, et que les inégalités dont se nourrit le capitalisme ne sont pas acceptables. Maintenant, quel système, je n'en ai aucune idée, il reste à construire.
Je ne suis pas étonné de retrouver dans ce commentaire dogmatique la rengaine "le monde a changé" qui insinue que le mode de développement actuel est naturel et inéluctable. Rien n'est naturel, sûrement pas notre fonctionnement économique. Par contre les richesses sont encore là. Peut-être serait-il enfin temps de redistribuer, et non de confisquer comme c'est la tendance.
Sur la forme, j'aime beaucoup votre style et votre érudition, l'impeccable maîtrise de la langue et de votre pensée. Omerta, quel pseudo adapté pour quelqu'un qui voudrait me faire taire. Au fait, chéri, connard ça prend deux n.