Les mots du libéralisme : grogne
Par L'anti-effet Barnum le samedi 19 février 2011, 19:36 - Les mots du libéralisme - Lien permanent
Grogne : désigne toute protestation contre l'ordre établi, que ce soit dans le secteur privé ou le secteur public. On appréciera particulièrement la finesse du vocabulaire et toute la manipulation que ce terme transporte. La grogne est forcément indéfinie, floue, mal exprimée, on imagine tout de suite les quelques mots incompréhensibles que l'on murmure entre ses dents, et qui sont plus un signe de mauvaise humeur qu'autre chose. C'est exactement cela : pas une véritable opposition, de la mauvaise humeur, quelque chose de non constructif, de passager, qui tient de la mauvaise volonté.
Dans le règne animal, c'est le cochon qui grogne. Ce n'est pas un hasard.
L'usage de ce terme fortement connoté est généralisé dans les médias dominants, c'est LA formule consacrée pour toute protestation. Or neuf fois sur dix, les mouvements relatés (figés dans l'expression rituelle "mouvement de grogne", qui achève de discréditer les grognards) ne sont pas flous et superficiels. Ce sont des oppositions manifestes, des résistances, des grèves, des contestations, des revendications - la langue française n'est pas à cours d'équivalents plus riches et plus descriptifs. En février 2010, la fronde de tout le pouvoir judiciaire contre une énième attaque du président Sarkozy, qui considérait le pouvoir judiciaire responsable de l'assassinat d'une jeune femme par un violeur récidiviste, était un mouvement rare (donc pas le fait de râleurs impénitents), porté par des individus sur-diplômés, au discours précis, étayé, factuel. Tout sauf de la grogne...