Les mots du libéralisme : rassurer les marchés
Par L'anti-effet Barnum le mercredi 21 septembre 2011, 20:06 - Les mots du libéralisme - Lien permanent
Rassurer les marchés: expression très en vogue en
2010-2011, promis à un avenir radieux. Horizon ultime de toute politique
économique. La Bourse (avec ses majuscules, La Bourse, comme pour Dieu) baisse,
il faut "rassurer les marchés". Des mesures sont prises, bien évidemment dans
le sens d'un appauvrissement à la fois du secteur public et des particuliers,
alors, miracle, La Bourse remonte. Mais la seconde d'après, nouveau caprice,
"les conditions de la confiance et de la croissance ne sont pas réunies",
entend-on. Re-plouf de sa seigneurie La Bourse. Donc re-mesure d'austérité, qui
ne peut que créer de la pauvreté, donc pas de croissance. Le serpent se mord la
queue, et le château de cartes s'effondre peu à peu sous la pression de
capitalistes trop gourmands, qui veulent tester dans un jeu pervers la capacité
qu'ils ont à diriger la politique des États.
L'expression témoigne d'un mécanisme linguistique fort intéressant, avec deux termes aussi fumeux l'un que l'autre. Rassurer : mais pourquoi faudrait-il "rassurer" les marchés ? Sont-ils comme l'enfant qui a peur du loup ? Besoin d'un petit câlin ? De tendresse ? D'être réconforté ? Les marchés sont plutôt supposés faire preuve de la logique la plus froide et la plus implacable, celle des chiffres, celle de la main invisible qui régule tout, celle du caractère naturel et auto-régulateur du libéralisme. Ces mythes seraient-ils terminés, dépassés ? Finie, la toute-puissance de la finance ? Elle a besoin d'être "rassurée" ? On a beau chercher, les exemples d'investisseurs qui ont fait faillite, ou qui ont tout perdu sont des plus rares actuellement. Les investisseurs s'en sortent toujours, mais pas les particuliers ou les PME. Eux peuvent tout paumer, eux peuvent réellement se retrouver dans la mouise... Eux auraient besoin d'être rassurés.
Second terme plus qu'ambigu, "les marchés". C'est au moins une double figure de style : métonymie et personnification. Admirable vision des marchés en tant qu'entité unique, humanoïde, dotée de sentiments, capable de se déterminer. De se déterminer, mais avant toute chose de déterminer les mesures qui seraient à même de redresser la situation. On a ainsi constitué, à partir d'une multitude de financiers qui tirent chacun pour soi, un organe politique à part entière, puisqu'à chaque fois qu'il s'agit de "rassurer les marchés", c'est immanquablement de programme politique qu'il s'agit. Moins d'éducation, moins de charges, moins d'impôts, moins de services publics, des retraites plus tardives et plus petites, etc, etc. On peut voir dans "les marchés" une appellation new-look de la lutte des classes, où la classe des financiers et des grands patrons dirait merde à toutes les autres.
"Rassurer les marchés" est une invocation, un mantra. Toujours plus pour la finance, toujours plus, sinon le système s'effondrera. Mais en faisant les quatre volontés de la finance, dans une crise du système, on ne fait qu'accélérer l'effondrement. Jusqu'ici, tout va bien.
Synonymes : capituler, baisser son froc, faire preuve de faiblesse, se laisser berner, ne pas voir plus loin que son nez, filer droit dans le mur, appliquer aveuglement la doctrine libérale.
L'expression témoigne d'un mécanisme linguistique fort intéressant, avec deux termes aussi fumeux l'un que l'autre. Rassurer : mais pourquoi faudrait-il "rassurer" les marchés ? Sont-ils comme l'enfant qui a peur du loup ? Besoin d'un petit câlin ? De tendresse ? D'être réconforté ? Les marchés sont plutôt supposés faire preuve de la logique la plus froide et la plus implacable, celle des chiffres, celle de la main invisible qui régule tout, celle du caractère naturel et auto-régulateur du libéralisme. Ces mythes seraient-ils terminés, dépassés ? Finie, la toute-puissance de la finance ? Elle a besoin d'être "rassurée" ? On a beau chercher, les exemples d'investisseurs qui ont fait faillite, ou qui ont tout perdu sont des plus rares actuellement. Les investisseurs s'en sortent toujours, mais pas les particuliers ou les PME. Eux peuvent tout paumer, eux peuvent réellement se retrouver dans la mouise... Eux auraient besoin d'être rassurés.
Second terme plus qu'ambigu, "les marchés". C'est au moins une double figure de style : métonymie et personnification. Admirable vision des marchés en tant qu'entité unique, humanoïde, dotée de sentiments, capable de se déterminer. De se déterminer, mais avant toute chose de déterminer les mesures qui seraient à même de redresser la situation. On a ainsi constitué, à partir d'une multitude de financiers qui tirent chacun pour soi, un organe politique à part entière, puisqu'à chaque fois qu'il s'agit de "rassurer les marchés", c'est immanquablement de programme politique qu'il s'agit. Moins d'éducation, moins de charges, moins d'impôts, moins de services publics, des retraites plus tardives et plus petites, etc, etc. On peut voir dans "les marchés" une appellation new-look de la lutte des classes, où la classe des financiers et des grands patrons dirait merde à toutes les autres.
"Rassurer les marchés" est une invocation, un mantra. Toujours plus pour la finance, toujours plus, sinon le système s'effondrera. Mais en faisant les quatre volontés de la finance, dans une crise du système, on ne fait qu'accélérer l'effondrement. Jusqu'ici, tout va bien.
Synonymes : capituler, baisser son froc, faire preuve de faiblesse, se laisser berner, ne pas voir plus loin que son nez, filer droit dans le mur, appliquer aveuglement la doctrine libérale.