Ainsi, comme annoncé ce soir (2 octobre 2011) au 20h de TF1, Jean-Louis Borloo ne sera pas candidat à la présidentielle de 2012. Quelle surprise. Pour ceux qui m'entendaient parler politique entre amis il y a quelques mois de cela, quand le nom de Borloo caracolait dans les sondages et que tout était fait comme s'il allait se présenter, vous savez ce que je vais écrire maintenant. Allons-y : je vous l'avais bien dit.

Ce qui me le faisait dire ? D'abord, lui. Pour l'avoir pratiqué pendant quelques années, cela fait longtemps que je sais, comme tous ceux qui le connaissent (mais pourquoi les journalistes n'ont pas décrypté son jeu ? Sans doute ne le voulaient-ils pas), que Borloo est une anguille, un opportuniste, et que plus il affirme quelque chose avec force, plus il bluffe et moins il faut le croire. C'est systématique. On peut évoquer le Grenelle, on peut évoquer Valenciennes, qui n'est pas la grande réussite que l'on nous vante. Borloo, à la base, est avocat d'affaires, spécialisé en restructurations. Comme Sarkozy. Avocat d'affaires, quand on a comme client ceux que l'on appelle pudiquement les "grands comptes", c'est être menteur professionnel. Et Borloo était un avocat d'affaires brillant, capable de vendre n'importe quelle camelote, de faire croire à tous qu'il venait défendre l'usine et ses salariés, avant que bing! à la dernière minute on s'apercevait qu'il travaillait en fait pour la boite qui venait de racheter l'usine, et dont la première décision était de délocaliser.

Aussi, il l'avait déjà fait par le passé. Beaucoup ont oublié. Ce n'est même pas sur sa fiche Wikipédia. En 1994, il annonce qu'il démissionne de son mandat de député, acquis l'année précédente, pour soi-disant protester contre la lourdeur administrative qui l'empêche d'agir pour Valenciennes. Avant, quelques jours plus tard, en catimini, de revenir sur sa décision. Un tour de passe-passe qui lui permet deux choses : une, de changer de commission à l'assemblée, pour une autre plus conforme à ses ambitions ; deux, de recevoir un soutien tout particulier de l'État, visite de Ballamou à l'appui, pour sa bonne ville. Peu après fut donc créé un plan fait sur mesure pour Valenciennes, injectant de l'argent public pour réduire la pauvreté valenciennoise (après, facile de dire qu'on fait des miracles - et facile de critiquer l'argent public). Bilan : il a le pognon, il garde son poste de député, il améliore sa situation, et en plus il est le centre de toutes les attentions politiques et médiatiques. Le beurre, l'argent du beurre et les miches de la crémière.

Le Borloup sort du bois


1994-2011, bis repetita ! Des mois qu'on nous parle de la candidature Borloo. Pile poil depuis sa non-nomination à Matignon, en novembre dernier. Comment expliquer cette séquence ? S'agit-il d'un pacte avec Sarkozy ? Ce n'est pas si simple. Première chose, le rapport de force Sarko-Borloo. Pour devenir Premier ministre, le Borloulou avait fait le voyou : c'était chantage sur chantage. Sarko n'avait pas cédé, alors le chantage avait continué. Chantage à la candidature, qui ferait bien mal à la droite, lui prenant l'électorat qui l'avait porté au pouvoir en 2007. Ne nous berçons pas d'illusions, si le chantage est terminé, c'est que Borloo a eu une contrepartie significative. Attendez-vous à voir dans quelque temps le Jean-Louis dans de nouvelles fonctions, qu'elles soient politiques ou professionnelles. J'en prends le pari, en sachant très bien que je ne risque rien. Borloo en a toujours eu après le beurre, ce n'est pas aujourd'hui qu'il abandonnera les miches de la crémière...

J'avoue pourtant que depuis quelques semaines, je me disais que Borloo allait finalement se présenter. L'horizon semblait se dégager pour une candidature centriste. Sondages positifs, élection sénatoriale 2011 où un groupe centriste élargi semblait marquer une rupture avec l'UMP, et prendre un poids qui lui laissait augurer des jours heureux et un rôle important d'arbitre, de faiseur de majorité. Mais non. Borloo a patiemment pris sa place dans les médias, et il sera intéressant de reprendre les mots de ses sorties ces derniers mois pour se rendre compte à quel point l'homme est un menteur et un bluffeur professionnel. Un seul but : occuper le terrain pour que les autres centristes ne puissent pas l'occuper. Je ne sais pas s'il y avait un pacte avec Sarko. J'en doute. Mais maintenant, les choses sont claires : Borloo a confirmé ce soir que depuis des mois, il aidait Sarkozy à se débarrasser des candidatures centristes. Il serait naïf d'avaler la couleuvre borlooiste qui voudrait qu'il ne se soit décidé que récemment. Lui ne navigue jamais à vue. Pour une présidentielle ? Aucune chance. D'ailleurs, il le dit à mi-mot : ne pas ajouter "de la confusion à la confusion", c'est ne pas vouloir émietter les voix... à droite.

Une question reste en suspens.

Pourquoi maintenant ?


Bonne question. Maintenant, début octobre, quand la campagne officielle n'a pas encore commencé, et que les choses peuvent encore bouger, un centriste revenir et devenir l'attraction médiatique, comme Bayrou en 2007 ? Alors que Sarko prévoit de se lancer le plus tard possible, peut-être février ou mars prochain ? Mauvais calcul, mauvais timing ? Avec Borloo, jamais. Il est d'abord convaincu qu'il ne reste plus assez de temps pour qu'un autre prenne la place. Morin est cramé, Bayrou peu audible. Il estime donc qu'ils ne pourront pas remonter la pente (qui est forte, mais la route est droite - citation d'un gros poète qui fut, du moins selon la rumeur, Premier ministre). Je peux faire une autre prédiction sans risquer de perdre mon plus beau slip kangourou, Borloo continuera à faire parler de lui dans la campagne, avec son programme ou tout autre artifice. Il restera fidèle à sa stratégie d'aide de camp sarkozyste, d'agent double. Il essaiera de se montrer partout, comme un vrai candidat.

La bonne nouvelle annoncée au début de ce billet, c'est que Borloo pourrait bien avoir tout faux. Ça aussi, je le répète depuis longtemps, 2012 ne ressemblera à aucune autre élection. C'est simple : le système économique sur lequel repose notre pseudo-démocratie est en train de tomber. En avril prochain, l'euro pourrait avoir disparu, et les marchés financiers, après s'être attaqués à la Grèce, puis l'Italie et l'Espagne, prendre la France comme victime. Et si ce n'est pas avant l'élection, ce sera après. No business as usual, cette fois, nous allons tous être comme des fildeféristes, à quelques millimètres de l'abime. Ce sera effrayant mais excitant, et j'espère que les bouffons du genre de Borloo seront passés à la trappe depuis longtemps. Cela ne fera qu'un usurpateur en moins.