Anti-sarkozysme primaires
Par L'anti-effet Barnum le lundi 10 octobre 2011, 23:43 - Ségo - Lien permanent
- Je suis allé voter dimanche. Pour qui ? Arnaud Montebourg. Pourquoi ?
J'avais deux possibilités : lui ou Aubry, les deux seuls pour qui j'ai un
soupçon d'estime. Montebourg, le seul à avoir des idées un tant soit peu de
gauche. Aubry, la seule candidate de premier plan... qui ne soit ni Royal ni
Hollande. Heureux de voir que mon attachement à la gauche, celle qui refuse le
libéralisme, le TINA (there is no alternative), est partagé par beaucoup.
- J'irai voter dimanche. Pour qui ? TSH. Tout sauf Hollande. Hollande qui pour
le pouvoir a bien voulu adopter les idées et l'image qui lui garantiraient le
soutien des médias dominants, les vrais faiseurs de rois. Hollande, la triple
victoire de la droite. Peut-être la victoire électorale, Hollande étant bien
plus friable et attaquable qu'Aubry, pour refaire le coup de 2007 (un candidat
illégitime monté de toutes pièces, pour une victoire facile). La victoire des
idées, celle de la social-démocratie, aka la droite de la gauche, celle qui ne
fera aucun changement fondamental par rapport à la politique sarkozyenne.
Enfin, la victoire postérieure, Hollande au pouvoir dans les circonstances
actuelles, c'est l'échec assuré - et un rapide retour de la droite aux
affaires. Alors, sans illusions mais avec optimisme, votons Aubry (en voilà du
slogan). D'ailleurs, plusieurs personnes de mon entourage n'ont pas voté
dimanche dernier, et le feront dimanche prochain, avec la même réflexion que
moi. Je mets donc une petite pièce sur la dame.
- Le vote en lui-même était assez réjouissant. Un poil d'organisation sérieuse,
un poil d'improvisation bordélique à la française, et surtout un enthousiasme
qui faisait plaisir à voir. Ce qui m'a marqué, c'est ce souffle de la
démocratie qui reste vivant. Une demi-heure d'attente en plein midi dans une
petite ville de la campagne française, beaucoup qui attendaient dehors sous la
pluie, dans la bonne humeur et le dialogue.
- Le fichage des supposés partisans du PS n'est pas une menace crédible
(l'organisation n'y est absolument pas propice), et beaucoup disaient : "on
s'en fout que l'on sache que l'on vote à gauche, on l'assume".
- Un message était unanime : on en a marre de Sarkozy, il faut que cela
change.
- J'ai encore une fois regretté le système qui veut que l'on élise des hommes
et pas des idées. Beaucoup disaient "je vais voter Hollande, il est bien"
(remplacez Hollande par qui vous voulez). Zéro réflexion politique, zéro fond.
Débat faussé.
- La typologie d'électeurs : plutôt au-dessus de 60 ans, classe moyenne. Et ce n'est pas une bonne nouvelle.
- Quel plaisir d'être abordé, à la sortie du lieu de vote, par un militant
qui a passé 5 minutes à me vanter les mérites de la candidature de... Jacques
Cheminade. Grand moment pathétique et comique.
- Conclusion qui signe peut-être la fin de ce blog : Royal, c'est terminé. Bon
débarras ! Preuve que 2007 a laissé des traces, et que les phénomènes
médiatiques, pour être vivaces, sont des feux bien superficiels qui ne brûlent
que l'espace d'un moment (cela m'en rappelle d'autres). Mais perdre Royal pour
récolter Hollande, est-ce si différent ? La politique est la même,
l'utilisation des médias est la même, seul le style diffère quelque peu.
- Depuis les résultats, j'en ai les cheveux encore ébouriffés. Grand coup de
vent, les girouettes médiatiques changent leur discours au gré des résultats.
D'un coup d'un seul, la propagande pro-Hollande n'est plus aussi fringante, les
idées portées par Montebourg deviennent légitimes alors qu'elles étaient
diabolisées juste avant. C'est l'illustration parfaite du rôle moteur des
médias dominants. Rien que pour cela, ces primaires me plaisent.